Couple moteur

Couple moteur (2011-2012)
Durée : 10 min.
pour violon et violoncelle

 

Partition Couple moteur 1mvt

Partition Couple moteur 2e mvt

avec l’aimable autorisation des interprètes : Julie-Anne Derome, violon; Gabriel Prynn, violoncelle

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Le projet de Couple moteur est né d’une discussion avec Julie-Anne Derome, co-fondatrice du Trio Fibonacci. Après avoir choisi avec elle les compositeurs dont les musiques jouxteraient la mienne dans le cadre d’un concert du Trio, il devint vite évident pour moi que le duo pour violon et violoncelle que j’allais écrire pour l’occasion s’inspirerait d’œuvres de ces compositeurs (Haydn et Brahms).

Le premier volet, Josef und Rebecca, pourrait s’entendre comme une réinterprétation programmatique du Rondo all’ Ongarese qui termine le Trio Hob. 15-25 (surnommé « Gipsy ») de Haydn. Imaginé en pleine composition de ce rondo, Haydn n’est vraiment pas concentré : il va et vient, et pense à la jeune veuve, Rebecca Schroeter, une bonne pianiste pour qui il écrit ce Trio et avec qui il échange des lettres fort « affectueuses », semble-t-il (dixit Charles Rosen). Il a plutôt envie de rester dans l’atmosphère de l’affectueux Poco Adagio qu’il vient de terminer et qui, à l’instar de l’image de la jeune veuve, s’est insinué en lui comme un « ver d »oreille » et parvient même à se glisser malgré lui dans ce mouvement endiablé. On peut parier que le bon « papa Haydn » reviendra assez tôt à la raison…

Le programme du deuxième volet, Johannes und Clara, se structure à partir des idées métriques et formelles du 3e mouvement du Trio op. 101 de Brahms tout en entrecroisant les thèmes de cette pièce avec d’autres composés par Clara Schumann, soit ceux d’une des Drei Romanzen op. 21 pour piano et celui issu de la Romance variée op. 3. Ce dernier thème, Robert Schumann s’en est d’ailleurs servi pour une série de variations (son Impromptu sur un thème de Clara Wieck opus 5) et Brahms l’a cité également dans la Xe variation de son propre opus 9 (Variationen über ein Thema von Robert Schumann). Écheveau de références… Comme pour le premier volet, de curieux modes pentaphones microtonaux non octaviants déforment tout cela… En cours de composition se sont ajoutées tout naturellement quelques extraits de lettres que Brahms a adressées à Clara depuis la passion de sa jeune vingtaine (1854) jusqu’à peu avant la mort de celle-ci (1896). Ces lettres laissent entendre la progression de l’affection qui lie les deux musiciens, progression que la mort de Schumann (1856) ramènera pourtant rapidement à cette réserve qu’ils conserveront jusqu’à la fin. Dans ma mise en scène cependant, où les deux amis dansent en suivant quelques rythmes irréguliers à la hongroise, Clara est plutôt impatiente à l’endroit de celui qui était de 14 ans son cadet…

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Sie… Verehrte Frau… Du !?… Teuerste Freundin… Innigst geliebte Freundin… Du bist mir so unendlichlich lieb… zärtlich… wie ich die liebe… dich Liebling… Liebling nennen ! Liebling ! dir zu schmeicheln… Deine Briefe sind mir wie Küssen…

[Peu avant la mort appréhendée de Clara] Geliebte Frau [Clara]… Leidenschaftskranken…

…die lieben Augen noch offen zu sehen…

[Traduction MG] Vous… Chère madame… Tu ?! Amie la plus chère… Amie la plus intimement aimée… Tu m’es si infiniment chère… Tendrement… comme je t’aime… t’appeler Chérie ! Chérie !… te caresser… Tes lettres me sont comme des baisers…

Bien-aimée madame [Clara]… Malades de passion…

…voir ces yeux aimés tant qu’ils voient encore…

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Michel Gonneville
Mai 2012