Île arc-en-ciel

Île arc-en-ciel

(1991-2004)

Partition Île arc-en-ciel

avec la permission de ATMAClassique (Yolande Parent, soprano)

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Cette pièce constitue la partie finale d’une musique que j’ai composée en 1991 pour la chorégraphie Îles (au pluriel) conçue par le regretté Jean-Pierre Perreault. Elle a été légèrement retravaillée pour en faire une version de concert,

La musique en question, d’une durée de 45 minutes, était jouée principalement par un orgue microtonal pré-enregistré sur bande, auquel s’ajoutait pour ce seul morceau final la voix (également sur bande) de la soprano Yolande Parent. La présence ultime de la voix chantée était cependant annoncée à la fin du premier acte de la chorégraphie, lorsque l’une des danseuses, seule en scène, faisait surgir quelques notes à même un long accord d’orgue en lente mutation. Le final était lui-même immédiatement précédé d’une introduction chantée par un chœur de danseuses en coulisses.

J’ai toujours rêvé de reprendre en tout ou en partie cette musique que j’aime beaucoup, ce qui fut fait en de nombreuses occasions, à chaque fois avec l’intervention d’autres arts, comme si le caractère même de l’œuvre convoquait ceux-ci, malgré son auto-suffisance, à mon avis. Ainsi, plusieurs extraits (dont le final ici présenté) ont servi pour une exposition à la galerie B-312 de Montréal à laquelle ont participé quatre amis artistes visuels (Des yeux pour Îles). Sous le titre de Oiseaux migrateurs, une version quadraphonique du final (avec une couche de chants d’oiseaux ajoutée) a été jouée en extérieur forestier lors du symposium Sonorité des lieux organisé en 1997 par l’artiste visuel René Derouin, puis en 2000 pour la rétrospective de ce même artiste comme accompagnement (avec éclairages synchronisés) de sa grande murale Paraiso. La dualité du baroque, et enfin pour l’exposition Migratory de l’artiste albertain Derek Besant en 2001 à Calgary. De plus, la quasi-entièreté de la musique originale vient de faire l’objet d’un développement sous forme de «cantate scénique» intitulée Hozhro (terme navajo signifiant «harmonie, beauté») pour voix, hautbois, quatuor à cordes et orgue microtonal pré-enregistré, associée maintenant avec des textes de l’écologiste Pierre Dansereau et de moi-même sur la thématique de l’angoisse désespérée, de la désillusion face à l’état du monde (particulièrement vu sous l’angle de la macro-écologie), et de la guérison intérieure possible.

Toute entière écrite dans un seul mode issu de la série des harmoniques naturels (donc, un mode non tempéré), Île est une œuvre d’un seul geste. D’abord : lente ascension vers l’aigu d’une mélodie d’abord partagée entre orgue et voix, ces deux sources devenant de plus en plus homorythmiques tout au long des huit phrases subdivisant cette première partie. Un long crescendo ainsi qu’une densification harmonique accompagne cette ascension. Le sommet rejoint, la musique redescend alors en 8 paliers également, la voix lançant des interjections descendantes de plus en plus lentes, diminuendo, sur un fond sonore constitué par un carillon d’harmoniques naturels impairs qui persiste pendant les quelques appels finals de l’orgue, lancés en coda une fois que la voix s’est tue.

Le caractère de l’œuvre est contemplatif, mais pas d’une contemplativité amorphe. De par son matériau même, de par son harmonie particulière intégrant consonances, tensions et résolutions riches, de par sa construction formelle que l’on perçoit intuitivement comme rigoureuse, il me semble se relier à une pensée naturaliste ou écologiste au sens large, bien loin d’être rétrograde, puisque c’est celle du maintien actif de l’équilibre et de l’harmonie. En 1991, cette musique accompagnait un duo homme-femme dont les rapprochements et arrachements, à la fois froids et éperdus, se concluaient (après le climax) par un progressif retour en scène de tous les danseurs et danseuses, ceux-ci finissant par se coucher en fond de scène l’un après l’autre, après les quelques pas d’un dernier tour de piste, et alors que s’éteignait peu à peu l’éclairage sur les immenses toiles colorées que Jean-Pierre Perreault avait conçues pour son œuvre.

Île est dédié à sa mémoire.

 

MG

Octobre 2004